SITE DE SRI AUROBINDO ET LA MÈRE
      
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Mère

l'Agenda

Volume 10

5 novembre 1969

(L'entrevue commence avec une heure et demie de retard.)

À dire vrai, je ne sais pas comment faire... Le mercredi et le samedi, je réduis au minimum, c'est-à-dire que plus de la moitié des gens, je les refuse. Et c'est comme cela. Et les autres jours, je continue de travailler quelquefois jusqu'à midi. C'est devenu...

Et je commence de bonne heure. Mais les demandes (d'entrevue) me sont faites par un minimum de une, deux, trois, quatre... huit personnes: chacun en apporte. Alors il n'y aurait qu'un moyen, c'est d'avoir plusieurs corps!

Je voulais te raconter une chose amusante. Tu sais qu'il y a deux ans que je n'ai plus joué là-bas (de musique) – impossible. Et c'était la fête de Sunil l'autre jour, et Sunil m'a dit: «Oh! il faut me jouer pour le premier janvier.» J'ai dit: «Je vais essayer.» Et je suis allée là-bas, et je me suis assise, et puis mes mains ont commencé à jouer. Pendant plusieurs minutes, je n'ai même pas entendu un son de ce que je jouais! Puis, petit à petit, le son est venu, et j'ai joué une dizaine de minutes. Et c'est venu tout seul comme si j'avais joué hier!... Alors j'ai fait des compliments à mon corps! Je lui ai dit: ça va bien. J'étais contente parce que je me suis dit: il n'a pas perdu – c'était plus facile que ce n'était les dernières fois que j'ai joué! C'est venu comme cela (geste dansant) et ça s'amusait et ça trouvait.

Et quelqu'un a joué, je ne sais pas qui – pas quelqu'un d'humain. Ça m'a un peu consolée! (Mère rit)

C'était mieux que la dernière fois,1 parce qu'il n'y avait aucune idée que je POUVAIS rien faire, le corps était sûr qu'il ne pouvait rien du tout, qu'il devait avoir perdu l'habitude, mais quand je me suis trouvée assise, les mains ont commencé à jouer...

Ça a l'air d'être de plus en plus: «Ce que Tu veux, je le fais.» C'est cela, l'attitude du corps. Le corps dit: «Ce que Tu veux, je le fais.»

Alors, à ce point de vue, ça ne recule pas: ça avance.

Pour organiser, je n'ai plus le contrôle – je n'ai plus le contrôle, chacun a pris le contrôle!... J'ai perdu l'habitude de dire «je veux», tout à fait.

Et je vois bien, tous les gens sont harcelés, c'est par vingt, vingt-cinq, trente à la fois que l'on demande. Alors là-dessus, on diminue autant que possible. Et j'avais dit d'une façon positive (et j'ai • insisté, je le redis chaque fois que j'en ai l'occasion): le mercredi et le samedi, je ne veux pas avoir beaucoup de monde... J'ai dit: «J'ai du travail à faire, je ne peux pas.»

Mais je comprends bien, chacun est harcelé. On m'apporte des paquets de demandes – je refuse tout ce que je peux.

Il y a quelque chose à trouver.

Si je t'appelais de bonne heure?

C'est ce qui est le plus commode pour toi.

Il n'y a pas de «commodité» pour moi.

Si, il y a des conditions: ces entrevues, je le comprends, ne peuvent être vraiment ce qu'elles doivent être que si tu as un minimum de temps vide vraiment, où tu n'es pressée par rien, pour pouvoir entrer dans une expérience.

Ça, je peux à n'importe quel moment.

Oui, mais enfin il y a un minimum...

Non.

Parce que, combien de fois tu m'as dit: «Oh! j'avais quelque chose à te dire, et puis c'est parti», combien de fois!

Non, c'étaient des expériences qui ne me paraissaient plus valoir la peine d'être dites. Non, ce n'est pas cela – l'état est immuable, mon petit, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Oui, l'état ne change pas, mais pour exprimer, il faut un minimum de disponibilité. Quand tu es harcelée à onze heures et demie, ce n'est évidemment pas le moment.

Non, si j'avais quelque chose à dire, je le dirais. Tu vois, je t'ai raconté l'histoire de Sunil – je le dirais. Non, ce que j'ai à dire n'est pas... Il y a une courbe, et en ce moment, il y a des choses très-très contradictoires qui sont présentes et actives: un accroissement de confiance et une diminution de confiance – les deux en même temps.

Je reçois des lettres très impertinentes de gens qui me demandent pourquoi j'ai fait ceci ou pourquoi j'ai fait cela (ça m'est absolument indifférent: quand je lis, je ris – ça m'est tout à fait égal), mais je vois, je vois l'atmosphère: il y a une progression de confiance et de dépendance, une progression très rapide et très grande. Et il y a en même temps... tous les petits ego qui se révoltent et qui sont furieux! Mais c'est très bien parce que ça vient de la Pression de la Conscience qui veut que les choses soient... ouvertes.

N'est-ce pas, il y avait des gens qui avaient des rancœurs pendant longtemps, ils ne disaient rien – ils sont obligés de dire. C'est comme cela. Il y a une très forte pression pour la transformation. Et c'est cela qui fait que, naturellement, je suis débordée par les gens... Parce qu'il y a un point sur lequel je ne cède pas: ce sont les heures de soi-disant sommeil; à partir de huit heures du soir jusqu'à huit heures du matin à peu près, cela fait douze heures où le travail intérieur peut se faire, et ça, je ne veux pas y toucher. Naturellement, douze heures, c'est beaucoup: c'est la moitié de la journée. Alors, les douze autres heures, c'est l'avalanche. Mais je tiens à ça, parce que ce sont les heures où le plus important est fait. (C'est un peu moins, ce serait de neuf heures à cinq heures du matin où vraiment c'est comme cela; là, c'est vraiment le moment où le travail est concentré sur la transformation.) Ce n'est pas que le reste démente, pas du tout: cet état de conscience est immuable. Au fond, je ne pense pas qu'il y ait beaucoup de minutes, même de minutes dans les vingt-quatre heures, où le corps ne soit pas conscient de la Présence divine – il est comme cela. Mais les heures de journée, c'est dans l'action, c'est pour les autres; les heures de nuit, c'est pour sa propre transformation.

Alors, ces heures d'action, elles sont comme cela... Tous les jours, je vois au moins trois ou quatre personnes qui étaient tout à fait inutiles; alors c'est noté, mais ce n'est pas beaucoup; pour la majorité, quelque chose est fait, vraiment c'est quelque chose qui se fait. Ça remue, tu comprends – ça remue. Il y a même des choses, quelquefois, qui sont tout à fait étonnantes.

Alors comment faire?

Seulement je voudrais... J'ai dit: il n'y a que deux jours par semaine où je demande à avoir au moins une heure tranquille pour pouvoir travailler... Je ne sais pas comment faire. J'élimine autant que possible, mais ça vient, ça arrive tout le temps. Et il y a beaucoup de choses qui devraient être faites et qui ne sont pas faites.

Je ne sais pas comment faire. Je voudrais vraiment... je considère que ce devrait être au moins une heure, un minimum d'une heure, deux fois par semaine. Il y a longtemps que j'avais pris la résolution.

Je pourrais fixer une heure plus tôt, mais alors il y aurait tous les gens qui attendent, qui presseraient.

Ce n'est pas pour moi.

Je sais bien.

C'est plutôt pour ce que l'on fait que je m'attriste.2

Oui, je sais bien.

Il est midi.

 

1 Deux ans plus tôt.

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2 Le disciple, et peut-être le monde, auront lieu de s'attrister bien davantage pendant les années qui ont suivi – Mère avait perdu l'habitude de dire «je veux»...

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